Le patron de Profils systèmes, à Baillargues (Hérault), mesure la distance parcourue. "Je me revois encore arriver avec ma petite moto, une 125, pour l’entretien d’embauche d’un dixième salarié. Je m’étais dit : “Si t’en fais cent, t’auras servi à quelque chose”... On en a fait quatre fois plus !" Aujourd’hui, 54 ans au compteur, Christophe Derré a troqué sa 125 pour une Harley et un puissant 4x4. Et des deux salariés du départ, le chiffre a grimpé à 365 CDI, auxquels il faut rajouter une soixantaine d’intérimaires.

Dans le rétroviseur, le quinquagénaire se revoit aussi risquant l’aventure des profilés aluminium. Ce sont des amis qui le convainquent en 1987. "J’étais dans l’industrie du bois pour la menuiserie." Il a juste troqué le bois pour l’aluminium, continuant à fabriquer fenêtres, portes et vérandas.

"Les effets de la crise et d’un hiver rigoureux"

La suite est une success story. Malgré les secousses, Profils systèmes va de l’avant. La société a embauché 29 CDI en 2012, malgré une situation fragilisée. Le début d’année 2013 est compliqué. "Deux effets nous touchent, la crise et un hiver rigoureux, résume Christophe Derré. L’achat de vérandas étant très lié au moral et au soleil." Si le chiffre d’affaires est à la baisse (- 7 % en 2012), "on est arrivé à avoir un résultat iso grâce à l’amélioration des process", indique Christophe Derré. Il faut dire que ces tableaux sont scrutés de près... Finis l’insouciance des débuts et l’artisanat budgétaire.

"En 1998, j’avais vendu à un industriel concurrent, pour des raisons personnelles et parce que j’étais sous-dimensionné pour pouvoir développer. Je n’avais pas de fortune personnelle. Le concurrent a revendu à un fonds d’investissement anglais en 2004, qui a lui même revendu à un fonds français en 2007." Les investisseurs ont demandé à Christophe Derré, aujourd’hui dans la peau d’un directeur général, de "réinvestir un peu", opération qu’il a d’ailleurs élargie à un actionnariat des cadres en 2007. L’atypique patron Derré, passionné de chevaux - il a un élevage de Lusitaniens - et de musique rock - grand fan des Red Hot Chili Peppers -, a relevé le gant.
 

Jouer la carte du "Made in France"

L’entreprise joue la carte du made in France. L’importation représente moins de 5 % de ses profilés et en tout 20 % de ses ventes (les accessoires étant largement sous-traités). L’international pèse pour 8 % du chiffre d’affaires, avec l’espoir d’atteindre 15 % en cinq ans sur les marchés de l’Inde, des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et de l’Afrique de l’ouest.
L’entreprise vient de s’offrir une première pub télé et table sur son tout nouveau produit, une pergola avec lames orientables et large palette de couleurs possibles. "On compte sur ce produit pour nous ramener du chiffre d’affaires", souffle Pascale Anselme, responsable du marketing.

Midi Libre Économique - Édition du 02 avril 2013